Depuis 2018, Roberto Samcam, figure de l’opposition nicaraguayenne, vivait en exil au Costa Rica avec sa famille. Le 19 juin 2025, tôt le matin, la sonnette retentit. Roberto ouvre la porte. Un homme déguisé en facteur tire à bout portant. Quelques secondes suffisent pour réduire au silence une voix que le régime n’avait jamais pu faire plier.
Sa femme, Claudia Vargas, refuse de céder à l’intimidation. Plus déterminée que jamais, elle poursuit le combat de Roberto et dénonce la répression transnationale qui traque les exilé·e·s jusque dans leurs pays d’accueil. Nous l’avons rencontrée à Genève, lors d’un événement co-organisé par PBI en marge du Conseil des droits de l’homme.
Quels mécanismes ou mesures vous semblent nécessaires face à la répression que vous dénoncez?
Dans le cas de l’assassinat politique de Roberto, il est essentiel que les organisations internationales et les États soutient le Costa Rica. Ce pays accueille la majorité des réfugié·e·s politiques, mais c’est aussi là que des attaques contre leur vie ont eu lieu. Il faut un soutien clair dans les enquêtes, et rappeler les traités dont il est signataire.
Il est aussi important de nommer la répression transnationale, de la définir, de l’analyser. C’est un phénomène nouveau, qui n’a pas encore de mécanisme de suivi. Ici à Genève, beaucoup de délégué·e·s sont stupéfait·e·s quand nous en parlons. Il faudrait créer un espace de dialogue et un observatoire ouvert pour documenter ces incidents vécus dans les pays d’exil.
Quel rôle joue PBI dans votre engagement au Costa Rica et à Genève?
En 2020, avec PBI et la Fundación Arias para la Paz y el Progreso Humano, nous avons mis en place un projet d’accompagnement psychosocial pour des réfugié·e·s politiques, en particulier des femmes. De là est née une forte connexion humaine et stratégique avec l’équipe de PBI. Sa présence au Costa Rica a été essentielle : sans santé mentale, il n’y a pas de militantisme possible. Ce soutien a renforcé notre groupe et ouvert des espaces pour le plaidoyer politique.
«PBI ne se contente pas d’accompagner, mais renforce notre capacité d’action politique, notre voix.»
Pour ma visite à Genève, PBI m’a préparée à chaque étape : ce à quoi je devais m’attendre, avec qui dialoguer et comment faire du plaidoyer dans un tel espace – un appui d’autant plus précieux en période de deuil. PBI a été ce soutien constant, non seulement pour moi, mais aussi pour d’autres défenseurs·euses. C’est crucial d’avoir une organisation qui connaît le terrain et les réseaux. PBI ne se contente pas d’accompagner, mais renforce notre pouvoir politique et nous aide à faire entendre notre voix.
En quoi votre présence internationale contribue-t-elle à votre sécurité et à la visibilité de votre combat ? Que doit faire la communauté internationale?
Grâce à PBI, nous accédons à des espaces et des réseaux autrement inaccessibles. Ces rencontres nous rendent visibles et nous donnent un pouvoir d’action. C’est cela que PBI nous donne : du pouvoir. PBI nous aide à faire entendre notre voix ici, au cœur de Genève, au Conseil des droits de l’homme. C’est fondamental pour les réfugié·e·s nicaraguayen·ne·s, qui vivent dans une grande vulnérabilité. Pouvoir compter sur une organisation comme PBI, qui nous ouvre ces espaces, est remarquable.
«C’est cela que PBI nous donne : du pouvoir»
Mais la communauté internationale doit agir avec fermeté. Les résolutions, déclarations et lettres sont importantes, mais elles ne suffisent pas. Nous avons besoin d’actions concrètes : accueillir des réfugiés politiques, accélérer les mécanismes de protection et traiter avec sérieux la question des apatrides.
Quel message souhaitez-vous adresser à celles et ceux qui, comme vous, ont dû quitter le Nicaragua?
Je voudrais leur dire qu’il reste des personnes qui peuvent parler publiquement - et que nous le faisons aussi pour elles. Chacun·e a ses peurs, et nous les comprenons. Grâce à PBI et son accompagnement, je peux prendre la parole aujourd’hui. Je porte l’héritage de Roberto, dont la voix était forte. Aujourd’hui, j’ai moi aussi une voix - je l’utilise, et je vais continuer à l’utiliser. Comme je le répète toujours : ils ne pourront pas compter sur le confort de mon silence.
Entretien réalisé par Joan Ruiz pour PBI Suisse et publié dans le Facing Peace de décembre 2025.
Plus d’informations:
- Facing PEACE: Résistances nicaraguayennes face à la répression transnationale, PBI Suisse,
- Soutien aux défenseurs·euses en exil: PBI face à la répression transnationale du Nicaragua
- Assassinat de Roberto Samcam: inquiétudes sur la sécurité des défenseurs·euses nicaraguayen·ne·s en exil, PBI Suisse, 01.07.2025